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Dans la région de Doukkala, dans l'arrière-pays d'El-Jadida, à 90 km au sud de Casablanca,
existent des constructions en pierre sèche, c’est-à-dire sans mortier, uniques au Maroc
appelées Tazotas, circonscrites dans un territoire bien défini.
Zone d’implantation des cabanes en pierre sèche15
La géologie de la région correspond à la couverture sédimentaire du secondaire et du
tertiaire du vieux socle de la meseta marocaine. Les Doukkala sont une plateforme du
15
GNESDA, Sergio, Témoins d’Architecture en pierre sèche au Maroc. Les tazotas et les toufris de l’arrière-pays d’El Jadida,, avec
l’autorisation du Centre d'Etudes et de Recherches sur l'Architecture Vernaculaire.
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crétacé d’une altitude moyenne de 80 mètres d’altitude. On y trouve une pellicule de
limon sur un sous-sol karstique.16. Les roches découvertes que l’on voit sont du calcaire
cénomanien.17
Dans un paysage lithique 18, les paysans sont obligés d’épierrer les terres rocailleuses,
mhârch , agricoles. La campagne est semée de petits monticules de pierres calcaires qui se
dressent tels des sentinelles. Ces pierres sont utilisées pour l’édification de mur, stara,
d’enclos, zriba, d’abris, des cabanes en pierre sèche à voûte d'encorbellement, tazota et
toufri.
Paysage lithique
1- Tazota, toufri, des mots qui font voyager
Tazota, toufri, des mots qui font voyager
Tazota, toufri, des mots qui font voyager
16 KHYATI, Smail, Développement agricole et aménagement de l’espace rural dans le périmètre irrigué des Doukkala, p. 29
17 ELKBIR, Saaidi, Guide Géologique du Maroc, p. 121
18 Terme employé par Christian Lassure dans les années 1970 pour désigner les paysages pierreux d'origine viticole du haut Quercy
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Toutes les hypothèses sont envisagées.
- D'après l'enseignant chercheur Saïd KAMEL, auteur d'un article sur «les significations
des toponymes de la région Fès-Boulemane», «Tazota ou Tazôdâ» veut dire plateau. 19
- Le dictionnaire amazigh de l'ex délégué provincial du MEN à El Jadida, M. HADACHI,
estime que Tazudea ou « Tazoda » signifie bol, écuelle renversée et par extension
construction mégalithique dans la région des Doukkala. En effet, les cabanes ont une
forme qui peut rappeler un bol renversé. tazoda est aussi un produit cosmétique déduit de
l’ustensile récipient. C’est un liquide noir que les femmes dans la région de Dades utilisent
pour se maquiller (il est déposé sur plusieurs parties du visage, des cils, coins des yeux,
ainsi que sur le front, le menton et le nez,…,.les motifs étant en forme de pointillés.20
- Pour d’autres, « tazouta » viendrait de l’amazigh « azou » c’est-à-dire métier à tisser. La
température quasi constante à l’intérieur des tazotas aurait pu être des lieux adéquats pour
pratiquer le tissage. »
- Une idée un peu moins originale mais qui doit être signalée : tazota serait une
déformation locale du français : les pierres sont mises en tas = tas aux tas21.
- Une origine portugaise est a envisagée. En effet il aurait pour origine casita, cassene c’est-
à-dire une petite maison.22
- Sans oublier que tazota en espagnol, c’est une tasse,…
Le mot toufri est d’origine berbère et signifie silo, cache ou lieu de conservation. Mais
comme pour tazota, il se peut que se soit une mauvaise prononciation de « trou frais ».
Les recherches restent ouvertes
2- Une architecture
rchitecture
rchitecture originale23
19 CHAHID, Ahmed,
20 HAMAM Mohamed, in Maalamate al Maghrib, voulume 6, Association Marocaine de la Production, la Traduction et l’Edition, Salé, 1992,
p. 2040-2043
21 MOUHOUB, Abdelkrim, Les capitelles des DOUKKALA, richesses à découvrir et à faire promouvoir.
22 « noûmot en arabe marokin », wa.wikipedia.org
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23 GNESDA, Sergio, Ibid., p. 5-18

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Les tazotas font penser aux mastabas égyptiennes, prémisse des pyramides à degré.
Les tazotas composées d’une seule pièce ont deux types de formes architecturales,
sphériques, et trapézoïdales : elles ont
-
soit un tronc-de-cône simple c’est-à-dire un cylindre avec à l’intérieur une
coupole, l’entrée est latérale.
Vue de face d'une tazota24
- soit des troncs-de-cônes superposés c’est-à-dire sur deux niveaux.
Tazota troncs-de cônes superposés
Au-dessus du premier tronc-de cône, on trouve un deuxième plus petit, percé d’une
ouverture, carrée d’environ 50 cm de côté, dans l’axe de l’entrée. L’entrée et la fenêtre
sont surmontées d’un linteau monolithe renforcé d’une ligne de claveaux tenant par leur
24 Ministère délégué chargé de l’Habitat et de l’Urbaniste, La Tazota des Doukkala, Rabat. Avec l’aimable autorisation
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disposition ingénieuse, l’un entretenant l’autre, mais parfois on peut trouver un linteau en
bois.
Tazota avec un linteau en bois et deux petites ouvertures
Elles comportent latéralement un ou deux escaliers pour monter sur le rebord du tronc de
cône inférieur, et un seul pour monter au sommet du tronc de cône supérieur. Parfois,
l’escalier est entre deux tazotas jumelées.
Escalier entre deux tazotas
Escalier entre deux tazotas
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Ceux-ci facilitaient l’ascension et le travail lors de la construction puis après d’accéder à la
terrasse pour faire sécher le grain, des fruits…, et pour l’entretien mais aussi pour le

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remplissage. En effet, on bouchait avec des pierres l’entrée après avoir mis du grain, de la
paille ou du foin et on poursuivait par la fenêtre.
Tazotas jumelées avec escalier latéral
Les tazotas ont en général une hauteur de 2,5 à 3 mètres, mais on peut en trouver de plus
hautes. D’une épaisseur de deux mètres environ pour le premier degré, le mur s’arc-boute
légèrement au fur et à mesure qu’il monte pour former, à partir du deuxième degré, la
coupole circulaire ou toiture en encorbellement dont le sommet est bloqué par un type
d’appareillage savamment taillé et posé qu’on appelle la clef de voûte.
Dans la voûte en encorbellement, les pierres de chaque assise ont un devers extérieur qui
permet d’évacuer les eaux de ruissellement et éviter toute infiltration. Ces pierres sont
plates, il n’y a aucune trace de découpe.
La base est constituée de moellons pouvant supporter une charge de plusieurs tonnes. Des
pierres plus grosses sont utilisées pour le tour des ouvertures et les chaînages ainsi que les
marches des escaliers. Dans la partie supérieure, le poids des moellons est celui qu’un
homme peut porter en montant des marches cependant certains affirment que l’on se
servait d’âne voire d’une race de chameau aujourd’hui disparue.
L’entrée est étroite environ 70 sur 160 cm.., de forme trapézoïdale. Un couloir mesurant
au maximum 2 m. protège l’intérieur contre les vents et la pluie.
Le sol intérieur est brut sans dallage, en terre battue et parfois le rocher affleure.
Selon Abdelmoumen BENABDELJALIL, une tazota représente 200 m.3 de pierres.25
Le toufri est une cave creusée dans la roche, de forme rectangulaire d’environ 12 m. sur 2
m. desservie par une suite de marches, en forme d’escalier, surmontée par une
construction parallélépipédique rectangulaire d’un mètre de hauteur avec une entrée
rectangulaire surmontée d’un linteau monolithe. Les parois longues sont recouvertes par
un plafond de pierres juxtaposées d’environ 70 cm. de hauteur.
25 SEBTI, Karim, Les Tazotas des Doukkala, p. 114
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Vue d'un toufri26
Le sommet des toufris et des tazotas est plat avec une petite ouverture pour permettre
l’aération pour certaines tazotas, légèrement arrondi recouvert de gravier ou de terre pour
les protéger des infiltrations d’eau.
Toufri
3- Des constructeurs ingénieux
Des constructeurs ingénieux
Des constructeurs ingénieux
26 Ministère délégué chargé de l’Habitat et de l’Urbaniste, La Tazota des Doukkala, Rabat. Avec l’aimable autorisation
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Il semble que la morte saison des activités agricoles était consacrée à l'édification de ces
bâtiments. La durée du chantier, d’après des propriétaires de tazota, du choix des pierres
jusqu’à son achèvement, pouvait être de un an. En effet, le mâallem mettait de côté des
pierres sélectionnaient parmi les tas de pierre celle qui lui semblait les meilleures. Puis une
chaîne d’hommes (environ 8) se faisait passer les pierres et repoussait celles qui n’avaient
pas la bonne densité, semblerait-il. « Il faut trouver la bonne pierre pour la bonne place ».27
Ces mâallem qui étaient-ils ? Des maçons spécialisés dans la pierre sèche ? Des artisans-
paysans, alliant ces deux activités suivant les saisons ? Les paysans eux-mêmes ? Au vu, de
l’architecture spécifique des tazotas, et puisque cette spécialité est en désuétude, on peut
pencher vers l’hypothèse de spécialistes de ce type complexe de construction, sûrement
aidé par les propriétaires.
4- Utilisation
Utilisation
Utilisations diverses
s diverses
s diverses
L’utilisation des tazotas est diverse.
Certaines servaient et servent encore de refuge contre la chaleur pour les hommes et les
animaux, d’autres de grenier ou pour entreposer la paille ou le foin, d’autres pour
l’engraissement de bovins (l’état de santé du veau élevé dans la tazota est indéniable) ou de
bergerie.
Elles sont encore bien aménagées pour servir de lieux de discussion autour d’un thé à un
moment précis de la journée.
Certaines ont été et sont des lieux d’habitation qui sont parfois enduites de chaux à
l’intérieur et parfois à l’extérieur.
27 Dixit M. TAHIRI JOUTEI, Karim chef de la Division du Contrôle Architectural, Ministère délégué chargé de l’Habitat et de
l’Urbaniste,Rabat.
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Murs chaulés et ouverture dans une tazota devant servir de logement
Murs chaulés et ouverture dans une tazota devant servir de logement
Le toufri servait de silo à grain mais il a servi aussi d’habitation suivant les époques ou les
moyens des propriétaires. Hélas, aujourd’hui, beaucoup de ces toufris ont été comblés.
Intérieur d’un toufri
Intérieur d’un toufri
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5- Des origines encore mystérieuses
Des origines encore mystérieuses
Des origines encore mystérieuses
En l’absence de datation des tazotas sur un linteau ou une pierre, de recherches
archéologiques, les hypothèses, sur leur origine, foisonnent, comme pour l’origine des
mots.
Certains, les font remonter à l’époque Antique lors des premières sédentarisations des
peuples Ils attribuent ces constructions soit aux Romains, cependant le limes de l’Empire
romain se situe beaucoup plus haut, soit aux Berbères à l’époque Romaine, soit à des
peuples venus de la Méditerranée. Cette dernière idée est avancée par M. Jean-Marie
LEMAIRE, chercheur au CNRS.
D’après, ses recherches les tazotas ressemblent fortement aux thôlos mycéniens.
D’autres les situent au Moyen Age ou à l’époque Moderne lors de la présence portugaise.
Cette thèse est avancée avec prudence par Mustapha AYAD, professeur de géographie à
l’Université de Rabat. En effet, il y a une similitude avec des constructions en Sicile par
exemple. Quel est le point commun entre la Sicile et le Doukkala ? La présence portugaise.
Cependant, reste une question : de nombreux voyageurs ont sillonné la région au début du
XXème siècle comme MICHAUX-BELLAIRE, DOUTTE… Ils sont passés à Ouled Freg par
exemple mais aucun ne mentionne ces constructions. Ils décrivent les nouala, les Khaîma,
mais pas les tazotas. Nous pouvons nous étonner d’un tel oubli dans des carnets de voyage
très descriptifs et minutieux.28 S’ils n’ont pas indiqué les tazotas se pourrait-il qu’elles
n’existaient pas jusque vers 1915-1920 ?
Une explication plausible, en s’appuyant sur les écrits de Paul PASCON, et sur ses
interview avec les habitants, c’est le début de la propriété individuelle sous Le Protectorat
qui aurait entraîné la construction de ces cabanes. En effet, « il (arpenteur, géomètre) avait
été chargé de procéder au partage des terres collectives, c’était vers 1925 »29 Il ajoute qu’à
la suite les fellahs construisent des enclos autour de leur lopin de terre. En effet, s’ils
voulaient cultiver leurs terres il fallait épierrer, « chaque famille se mit à épierrer ses
champs ».30 La grande majorité des populations rurales ont donc subi un processus
obligatoire de sédentarisation de 1916 à 1936.
Avant le Protectorat, il n’y avait pas de maison, mais après la construction des maisons des
colons, les autochtones se sont mis à construire en pierre sèche des maisons et des citernes
sans ciment car il leur était interdit de prendre du sable de la plage.31
Cependant, on peut se demander pourquoi dans ces communes on trouve des tazotas et
des toufris, mais pas dans les communes voisines.
Ces « ouvrages lithiques » d'origine agricole se retrouvent souvent ensemble entourés d’un
enclos. On retrouve souvent deux tazotas jumelées et un toufri. Cependant, il existe dans
la commune de Sebt Dwit un ensemble de sept tazotas, deux jumelés et cinq autres
accolées en angle droit : deux d’un côté et trois de l’autres.
28 MICHAUX-BELLAIRE, Villes et tribus du Maroc, Les Doukkala, p 29-31
29 PASCON, Paul, Etudes Rurales, Idées et enquêtes sur la campagne marocaine, p. 102
30 Op.cit., p. 103
31 Op.cit p. 105
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Tazotas jumelées
Tazotas jumelées
Cinq tazotas accolées angle droit
Cinq tazotas accolées angle droit
Le groupe de cinq tazotas est remarquable car il possède à l’étage un poste d’observation et
un chemin de ronde. En effet, la région étant sujette aux disettes, il fallait surveiller les
récoltes contre les voleurs. Grâce à la date, 1922 sur un linteau de la maison en ruine du
maître, on peut estimer que ce site est contemporain.
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En outre, il existe des tazotas isolées dans la campagne, certaines sont abandonnées.
Les tazotas ont des ressemblances avec des constructions en pierre sèche du pourtour
méditerranéen et plus particulièrement avec le sud de la France, la Grèce, l’Italie…32
32 Site de pierre sèche www.pierreseche.com
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La mise en valeur des milieux naturels, du patrimoine bâti, des paysages et de
l'histoire est aujourd'hui une donnée essentielle du développement local : sentiers de
découverte, expositions, maisons de la nature, événements, programmes d'animation
fleurissent.
Les objectifs du site des sept tazotas de Mme MOUNDIB Najoua au douar Rouahla,
commune rurale Sidi Abed est de faire connaître les tazotas, découvrir le paysage, les
activités agricoles, ainsi que créer une animation génératrice d’emplois mais aussi
sensibiliser le public à la préservation de tel site et de l’environnement.
Interpréter, c'est le plus souvent réunir des gens d'un même territoire, exerçant des
professions différentes (agriculteurs, prestataires touristiques, « hébergeurs »,
restaurateurs) et les mettre en situation de s'investir autour d'un même projet, de
poursuivre un même objectif comme celui de faire connaître leur pays.
L'interprétation est par conséquent un facteur de lien social, de croisement des cultures,
de développement économique et de gestion de l'environnement. Elle est un facteur
essentiel de création du lien social parce qu'interpréter, c'est mettre à jour une culture
vernaculaire, intime, détenue par exemple par les personnes âgées, tout autant que la
connaissance «inaccessible» des chercheurs ou la représentation du monde des enfants.
Elle contribue au croisement de cultures parce que la démarche d'interprétation incite le
public à s'impliquer dans sa découverte et donc à aller à la rencontre des personnes locales
qui doivent, elles, se dévoiler.
Les cinq tazotas
Les cinq tazotas
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Mme MOUNDIB Najoua a demandé à la Délégation du Tourisme de El Jadida en
collaboration avec le CEFIR de lui indiquer quelles activités pouvaient être mises en place
afin de valoriser au mieux les potentiels naturels, culturels et touristiques de sa propriété.
Un inventaire des potentiels a été effectué sur le site en parallèle d’une étude
documentaire sur le territoire, puis une étude de la clientèle envisagée sur le site afin de
proposer des idées de valorisation suivi du calendrier de réalisation
Les jumelles
Les jumelles