Colloque international en hommage à Abdelkebir KHATIBI - Synthèse

Il est des figures littéraires et intellectuelles qui, de leur vivant, arrivent à marquer indélébilement leur présent. Le sillage laissé par chacune de leurs paroles ou positions acquiert le statut d’une sorte de passage obligé pour les contemporains et pour les générations futures. C’est le cas d’Abdelkebir Khatibi, écrivain aux multiples formes génériques : romancier, poète, essayiste, dramaturge, critique d’art… Roxanne movie

Pendant deux journées de travail, de discussions et de témoignage, s’est tenu à la Faculté des Lettres et des Sciences humaines d’El Jadida un Colloque international autour de l’œuvre d’Abdelkebir Khatibi (et en sa présence). Une occasion de rendre hommage à cet écrivain natif de la ville et grand voyageur.

Comment traquer la spécificité de Khatibi, rendre compte des différents aspects de son œuvre prolifique et témoigner de la place particulière que celle-ci occupe dans le paysage culturel contemporain ? Des interrogations auxquelles ont tenté de répondre les participants.

Il est possible de comprendre d’emblée l’œuvre de Khatibi comme une création basée sur le lire-écrire permanent. L’art de lire est une transe ; l’art d’écrire est un orgasme. Tous deux concourant à un état d’extase. L’écriture est aussi un événement violent où l’auteur engage une guerre de positions pour conquérir le (son) style. Aussi la lecture-écriture est-elle une opération qui fait de l’auteur un passeur des textes des autres. C’est une sorte de principe dialogique qui met en scène plusieurs positions et plusieurs voix.

La pensée critique (la double critique) de Khatibi permet de constater à quel point les sciences humaines sont toujours habitées par la pensée philosophique. C’est un critique qui a su se détacher du « réel arabo-musulman » sans aller s’engouffrer dans l’Occident trop « pollué » En considérant La Mémoire tatouée comme œuvre-mère, il a été souligné que cette « cellule narrative » est une sorte de réservoir d’où émaneront presque tous les textes ultérieurs. Un enfantement rythmé par le souci de ré-pondre à la gésine de l’être et du monde.

Dans l’écriture-création, la source serait cette expression initiale de la volonté de ne pas mourir. Le récit est une fiction de soi, où il s’agit en même temps de se départir de soi pour se réinventer sur un autre territoire, celui de la trace. Il cherche à donner forme à l’informe. L’écrivain voyageur est ici en quête de l’autre. Il est voyageur par procuration. Il est en quête aussi de la paix dans l’hospitalité des langues. Il est un voyageur mystique en pèlerinage dans la culture de l’autre, dans ses signes et ses symboles, sans ses lettres et ses musiques. Il est un mystique qui crée des personnages illuminés. Approchant la notion de l’« exote », il tente de formuler une esthétique et une éthique du voyage.

Dans sa poésie de l’« aimance », il existe une indécision du geste entre l’actif et le passif. Mais qui est dépassé dès lors que le poète s’installe confortablement dans une langue autre, synthèse de la sienne et celles des autres. Voilà le noyau culturel de l’« étranger professionnel ». Le « Divers » est au centre des préoccupations de l’auteur. D’où l’importance de percevoir son œuvre comme un chantier où sont problématisées des questions relatives à la diversité culturelle.

L’approche (inter-)culturelle permet de dégager une vision du monde où celui-ci est perçu doublement. Selon le regard d’un décolonisé issu d’un pays marginal ; selon celui d’un lutteur qui s’adonne au « jeu » d’importation et d’exportation de la culture.

L’autre figure de Khatibi est celle de l’intellectuel qui n’hésite pas à prendre position, notamment au niveau des questions politique. Si son opuscule sur l’« alternance » au Maroc semble isolé au niveau de son œuvre, c’est une fausse impression ; car le texte prolonge ce que peut produire le regard du poète, mais avec une formulation autre que poétique.

Abderrahmane Ajbour Laboratoire d’Etudes et de Recherches Sur l’Interculturel Faculté des Lettres et des sciences Humaines Université Chouaïb Doukkali

Posté le 3 avril 2008 par El Jadida