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Un cinéaste américain projette le hip-hop marocain sur la scène mondiale

jeudi 20 mai 2010

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Washington - Natif de Brooklyn à New York, amateur de jazz et de musique classique, le cinéaste Joshua Asen ne paraissait pas destiné à devenir ce qu’il est aujourd’hui, un « ambassadeur » fervent du hip-hop, dont il vante avec enthousiasme les qualités artistiques dans un nouveau documentaire.

Le film de M. Asen, intitulé I love Hip Hop in Morocco (J’aime le hip-hop au Maroc), décrit l’expérience vécue de plusieurs musiciens hip-hop de ce pays. Comme tant d’autres artistes, ces jeunes musiciens s’efforcent, tant bien que mal, de se faire entendre et d’exprimer les frustrations qu’ils rencontrent au quotidien. Ils le font à travers le hip-hop.

Avec l’appui financier de l’ambassade des États-Unis à Rabat et de la société américaine Coca-Cola, M. Asen a aidé les artistes à organiser une série de concerts publics gratuits. Son film documente la vie des musiciens, ainsi que les difficultés, logistiques notamment, qu’il a fallu surmonter pour organiser ce festival unique en son genre. Les concerts ont finalement eu lieu dans trois villes marocaines devant plus de 36.000 spectateurs enthousiastes, comme le révèle le film.

Touchant un auditoire encore plus large, I love Hip Hop in Morocco a été projeté à l’occasion de festivals cinématographiques au Moyen-Orient, en Europe et aux États-Unis, et il continue de faire la tournée des universités. Le département d’État vient également d’obtenir les droits de distribution de ce film à une centaine d’ambassades des États-Unis dans le monde entier.

De l’État du Rhode Island à la scène marocaine

Ce n’est que lorsqu’il est allé faire ses études universitaires dans l’État du Rhode Island que Joshua Asen a personnellement été exposé à la musique hip-hop.

« Je ne m’étais jamais convenablement initié au hip-hop avant mon arrivée à l’université, quand Jennifer Needleman, ma grande amie et coréalisatrice du film, m’a fait vraiment écouter les paroles et en apprécier la poésie et les jeux de langage », a déclaré M. Asen au cours d’une interview accordée à America.gov.

Son engouement pour les géants du hip-hop américain, comme Notorious B.I.G. et Jay-Z, s’est vite transformé en une fascination pour l’histoire du genre et pour son rayonnement anthropologique et musical. M. Asen a commencé a exploré la diffusion de ce mouvement musical depuis ses débuts dans les années 1970 jusqu’à sa popularité d’aujourd’hui.

Le hip-hop est né dans les rues du Bronx, un arrondissement de New York, comme moyen d’expression pour les jeunes Afro-Américains et Hispaniques qui luttaient pour échapper à la pauvreté. En l’espace d’une génération, les histoires racontées par ces jeunes Américains ont déclenché un phénomène de dimension mondiale.

« Au cours des années 1990 et au début du XXIe siècle, le hip-hop s’est développé et a fleuri dans des endroits tels que le Maroc, l’Afrique du Sud et la Chine », a-t-il précisé.

Pendant un séjour au Maroc après ses études universitaires, Joshua Asen s’est promené dans la médina de Rabat, le vieux quartier de la ville, émerveillé de voir que les Marocains jouaient du hip-hop aussi bien américain que marocain dans la rue. C’est là qu’il a commencé à s’interroger sur le rôle de cette musique dans la société musulmane et sur sa mondialisation. Il est retourné plus tard au Maroc dans le cadre d’une bourse Fulbright du département d’État en quête de réponses à ses questions.

« J’ai été l’une des premières personnes à faire du hip-hop un thème légitime d’études », a déclaré Joshua Asen.

Ses études l’ont conduit à sillonner le Maroc, où il a rencontré les protagonistes de son film en cours de chemin.

Il a rencontré l’adolescente « FatiShow » en train de rapper dans une gare de train. Fati vivait à Fès où elle combinait études et musique. Chaque fois qu’elle montait en scène, elle devait repousser les obstacles. Elle a dû endurer les huées de la foule quand on s’apercevait qu’elle était une femme mais, une fois le microphone en main, elle conquérait vite son auditoire.

Entre autres artistes marocains, Joshua Asen a eu aussi l’occasion de rencontrer et de profiler dans son film l’ensemble Fnaire. Originaires de Marrakech, les membres de Fnaire ont développé leur propre style, qu’ils appellent « rap traditionnel ». Leur musique mélange les battements et les paroles du hip-hop avec des mélodies traditionnelles marocaines. Au lendemain de l’attentat terroriste de Casablanca, en 2004, Fnaire a réalisé une chanson intitulée « Matatakish Bledi » (Ne touchez pas à mon pays), un message aux extrémistes leur demandant de laisser le Maroc tranquille.

M. Asen continue de suivre les artistes qu’il a rencontrés au Maroc et il s’est lié d’amitié avec un certain nombre d’entre eux.

« Je crois qu’ils ont apprécié l’intérêt que je leur ai accordé et le fait que j’ai appris à parler leur langue. J’ai appris l’arabe marocain pour pouvoir les comprendre et leur poser les questions que je voulais leur poser », a-t-il déclaré.

Le fait d’apprendre une langue et de forger un dialogue avec les musiciens marocains illustre le point de vue de M. Asen quant à l’influence du hip-hop sur la culture à l’échelle mondiale.

« À la fin, le hip-hop représente réellement une communication à travers des frontières politiques et culturelles très difficiles. Le fait que nous soyons tous des fervents du hip-hop, et moi y compris en tant qu’enthousiaste qui étudie ce phénomène, nous permet de négocier et d’arriver au moins à une certaine compréhension mutuelle », a déclaré M. Asen. « Il s’agit d’entamer le dialogue et de partager ce dialogue avec nos adeptes respectifs. »

La diplomatie hip-hop

Depuis sa réalisation de I Love Hip-Hop in Moroccoo, M. Asen s’est consacré à promouvoir le dialogue généré par cette musique sur des thèmes de politique et de culture sur le plan international. Son blog, Hip-Hop Diplomacy, suit « l’intersection du hip-hop mondial et de la géopolitique, avec un accent sur les musiciens en provenance du Moyen-Orient », a-t-il déclaré.

Le vrai but de son projet de blog est de « créer davantage de possibilités pour des programmes de diplomatie culturelle susceptibles de mettre en valeur l’influence et la capacité de sensibilisation que possèdent ces groupes auprès de leurs communautés », a-t-il précisé.

Parmi les manifestations du hip-hop que M. Asen met en vedette sur son blog figurent plusieurs concerts qui ont été organisés avec l’appui des ambassades des États-Unis et du département d’État. Il cite, par exemple, le retour récent du groupe originaire de Brooklyn, Chen Lo and the Liberation Family. Ces musiciens ont effectué une tournée au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Jordanie, au Liban et en Syrie, accompagnés à chaque étape par des groupes renommés qui avaient été engagés pour ces occasions.

M. Asen aspire à établir des partenariats avec des gouvernements pour continuer à organiser des productions publiques de musique hip-hop.

« Je préfère nettement voir la politique se produire dans un milieu culturel et musical, plutôt que dans la rue au moyen d’une bombe artisanale » ou par des tirs sur des manifestants, a-t-il déclaré. « Je me considère comme un partisan de la diplomatie du hip-hop et de l’espoir. »

Par Carrie Loewenthal Massey
Correspondante

(Les articles du site « America.Gov » sont diffusés par le Bureau des programmes d’information internationale du département d’Etat. Site Internet : http://www.america.gov/fr/)

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