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ESPACES VERTS D’EL JADIDA DEFICIT ALARMANT ET SILENCE COUPABLE

dimanche 5 juin 2011

Il est certain, que bien avant d’autres villes du Pays, El Jadida détenait déjà son titre de ville des fleurs. Une belle époque où même les artères et avenues de cette ville se concurrençaient par une variété de plantations d’alignement qui servaient aussi à leur ornementation. Seulement, cela se passait… autrefois.
Aussi, allons-nous, un de ces jours, dépasser le complexe de ce passé qui nous rapelle à chaque occasion que tout était merveilleux dans cet El Jadida d’autrefois ? Aurons-nous enfin l’opportunité de pouvoir franchir ce cap introductif qui nous renvoie presque mécaniquement au préambule « Il était une fois… ».
Il était une fois El Jadida la coquette, El Jadida la blanche, El Jadida la reine des plages, El Jadida le Deauville Marocain, El Jadida la ville des fleurs, El Jadida le havre vert, encadré par ses trois luxuriants parcs, artistiquement dessinés et où les richesses floristiques et les essences exotiques s’exposent en parfaite harmonie comme dans un musée géant et à ciel ouvert.
Hélas ! Nous sommes encore trop loin de l’optimisme d’une réponse qui puisse réconforter nos aspirations, surtout en matière d’espaces verts et leurs bienfaits dans cette ville qui ne cesse de grandir dans la douleur.

En nous référant à certains chiffres clés qui récapitulent l’état actuel, on ne peut réprimer ce sentiment d’indignation face au déséquilibre croissant et au creusement alarmant que note le déficit en matière de verdure et d’espaces verts.
Il aura fallu prés d’un demi-siècle pour que la ville d’El Jadida puisse doubler la superficie de ses jardins pour capitaliser en fin de compte le maigre butin d’une vingtaine d’ha (19,83 ha plus précisément), répartis en petits fragments, centrés pour l’essentiel dans l’ancien tissu urbain.
Inversement, l’urbanisation d’El Jadida a connu tout au long de ces dernières années, un évasement des plus spectaculaires, stimulé par l’augmentation de la population dont le nombre et estimé de nos jours à quelques 170.000 habitants.
En restant dans le domaine des chiffres, la déduction qui s’impose à nous à partir des données précitées, nous donne une idée plus claire sur l’évaluation de notre ratio en espace vert qui avoisine les 1,2 m2/habitant, au moment où les normes telles que soutenues par l’OMS sont de 10m2/habitant.

Malheureusement, ce constat des plus effarants représente le dernier souci des gérants de notre ville. Ces derniers n’arrivent même pas à sauvegarder et entretenir les acquis actuels qui subissent des agressions en continue sans que quiconque puisse se donner la peine de réagir. La réaction peut-elle nous venir d’ailleurs ?
En optant pour le thème « Inventaire des espèces végétales au niveau de la ville d’El Jadida » comme support à son mémoire de master spécialisé « Ingénierie et sciences de l’environnement », Sabah Ismaily s’est investie d’une véritable mission de sensibilisation, qu’on pourrait qualifier aussi d’une sérieuse sonnette d’alarme.
A travers ce projet pilote qui vise la protection et la valorisation de la biodiversité floristique d’El Jadida, Sabah Ismaily, a su aussi comment trouver le bon outillage pour compléter ce premier travail, et ce, en s’investissant dans la réalisation d’un exceptionnel catalogue où sont inventoriées et recensées les espèces végétales qui subsistent encore au niveau des parcs et des jardins publics, en plus des plantations d’alignements des avenues de la ville.
Ce travail qui a été concrétisé dans le cadre d’une convention entre la Faculté des Sciences d’El Jadida et la commune urbaine, a été orienté et encadré par Mme Najoua Moundib (Ingénieur horticole) et M. Rachid Nmili (Professeur universitaire).
Ci-après, nous vous invitons à un petit tour d’horizon des jardins dont dispose El Jadida et leur situation.
Le Parc Hassan II est situé au centre de la ville, entre l’avenue des FAR et l’avenue Ibn Khaldoun. Il a été crée au temps du protectorat et s’étale sur une superficie de 4,56 ha. Il regroupe 38 espèces appartenant à 29 familles.
Quelques espèces les plus dominantes : l’Araucaria (Originaire d’Australie), l’Eucalyptus, le ficus, le Laurier rose, le Phoenix, le Washingtonia, l’Hibiscus…
Le parc Mohammed V qui a été crée durant la période du protectorat est situé à l’Est de la ville, au bord de la plage et sa superficie est de 3,55 ha. Il regroupe 26 espèces appartenant à 21 familles, dont on peu citer : L’Araucaria, le Ficus, le Dracaena, l’Eucalyptus le Washingtonia, le Phoenix…
Le jardin Al Mouhit qui n’a été crée qu’en 1984 est situé à la sortie de la ville vers Casablanca. Malgré sa superficie qui est de 5,83 ha, il regroupe seulement 9 espèces appartenant à 9 familles dont l’Araucaria, l’Agave et l’Acacia qui joue le rôle de brise vent puisque le jardin longe directement l’espace maritime.
Le jardin El Khatabi dont la superficie est de 0,99 ha est aussi un héritage du protectorat français. Il est situé dans un quartier populaire, prés de la cité Portugaise. Il regroupe 16 espèces appartenant à 12 familles dont les plus dominantes sont l’Hibiscus, le Laurier rose et le Phoenix.
Le jardin Moulay El Hassan dont la superficie est de 0,46 ha est situé à peu de distance du jardin Al Khatabi avec qui il partage les mêmes espèces à la seule différence du Ficus.
Le jardin Al Moukaouama et celui d’Al Atlas qui ont été crées en 1982, disposent respectivement de 0,45 ha et 0,70 ha pour superficie. Le jardin Lasophal situé au quartier Essâada a été crée en 1992 et dispose d’une superficie de 0,9 ha, tandis que celui d’Al Qods, il a été crée en 2000 sur une superficie de 0,50 ha.

MILITANTISME VERT

Ingénieur de formation mais militante associative et écologiste de cœur, Najoua Moundib qui a côtoyé nos espaces verts durant de longues années, connaît mieux que quiconque leur force mais aussi leurs points faibles. En s’impliquant dans la réalisation du guide qui met évidence notre patrimoine végétal, Najoua ne fait que confirmer cette vocation qui se traduit par un amour profond et sincère pour la nature. Ecoutons-la.
« L’inventaire des espèces végétales de la ville d’El Jadida est très important pour moi et cela constituera surement une consistante base de données pour le présent et pour le futur de la ville.Il est certain qu’on ne peut prendre conscience de l’importance des végétaux en milieu urbain et les protéger que si on fait leur « connaissance ». Ce végétal qui fait partie de la vie quotidienne, qu’on croise sur notre chemin et auquel on ne prête souvent aucune attention, nous parait sans utilité, tout simplement parce qu’on ne nous l’a jamais présenté sous va véritable « identité » environnementale.Pour ce qui est du travail que nous avons effectué ( qui sera plus simplifié par la suite ), il permettra aux citoyens et visiteurs de notre ville de faire de plus amples connaissances avec cet être vivant et ce patrimoine végétal urbain, qui n’est pas là par hasard, mais qui a bien une mission ou plutôt plusieurs missions qui sont en étroite relation avec notre bien être. Missions qui sont généralement très difficilement accomplies, suite à nos actes irresponsables.

Le catalogue ou plutôt le guide des arbres et arbustes de la ville d’El Jadida nous permettra surement de prendre conscience de leur importance tout en restant plus attentifs à leurs égards.

En premier lieu, nous avons effectué l’inventaire des végétaux existants au sein des espaces verts publiques, mais cette initiative, sera complétée par la réalisation d’autres travaux d’inventaires concernant la flore et faune qui « vit » en milieu urbain et ce, afin de contribuer à la sauvegarde de la biodiversité de la ville. Et nous considérons que ce travail aura aussi son utilité dans les prises de décisions ayant trait à l’aménagement dans le futur.

Il est vrai que ce champ d’étude est très vaste, mais nous pensons qu’il est temps de commencer à donner de l’importance à ce sujet qui est vital pour la sauvegarde de l’environnement et pour l’amélioration du cadre de vie du citoyen.

Pour ma part et d’après mes vingt années d’expérience au sein de la commune, j’estime qu’aujourd’hui, il n’est plus question de se contenter de créer et d’entretenir. Il faudra aussi qu’on se penche sérieusement sur la réalisation de telles recherches afin de pouvoir impliquer les différents acteurs de la ville jusqu’au plus simple des citoyens dans la sauvegarde du milieu « naturel », et c’est cela qu’on appelle la démarche participative.

LABEL VERT

Une hirondelle est passée au dessus de la ville d’El Jadida… Serait-elle annonciatrice d’un futur et beau printemps ?
En tout cas c’est ce que laisse présager l’intervention du Gouverneur de la Province, lors de la dernière session du conseil provincial. En parlant du « Label vert », M. Mouâad Jamai nous confirme que la problématique des espaces verts d’El Jadida a enfin pu trouver une oreille attentive.
En clair, il est aujourd’hui question de créer un espace unique de verdure et de loisir sur une superficie de 50 ha, et ce, suite à des concertations du Gouverneur de la province avec la Direction Générale du groupe OCP. Ce dernier qui s’implique aujourd’hui dans plusieurs actions à caractère socioculturel s’est engagé aussi à prendre en charge l’étude de faisabilité d’un projet d’espace vert dont l’emplacement se situerait au niveau du site de l’ancienne décharge publique. Question de tact, rien de plus. Seulement, il faudrait savoir le faire.

Chahid Ahmed