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Safi : Festival de l’Aïta dans sa 10ième édition

dimanche 10 juillet 2011

C’est au rythme des cordes vocales et instrumentales que le pays de « la jarra hasbaouya » a vibré quatre jours durant, quatre nuits où les esprits mélomanes ont enchanté délicieusement les âmes éprises de cet art ancestral : l’Aïta !

C’est sous le thème : « L’Aïta, pour la préservation de la mémoire artistique nationale » que la direction régionale du ministère de la culture a organisé, avec le soutien de la Wilaya de la région Doukkala Abda et la province de Safi, la 10ième édition du festival national de l’Aïta, du 7 au 10 juillet 2011, à Safi.

Cette manifestation a été l’occasion idoine aussi bien pour les chercheurs que pour les fans de cet art ancestral, de se rencontrer, de se concerter, de se ressourcer dans le dessein de revisiter ce patrimoine qui semble dérangé dans son contenu et de sa forme avec toute cette grisaille de mondialisation et d’informatisation de l’art. En général.

L’intérêt que cette 10ième édition du festival de l’Aïta, cette année, vient d’abord de son menu consistant et riche aussi bien en teneur qu’en ampleur. D’autant que l’été, cette année, sera si court eu égard au prolongement de l’année scolaire que l’approche si rapide du mois sacré, le ramadan ? Bref, la satisfaction est d’autant plus grande que l’intérêt est plus important.

Il faut dire que les passionnés de l’Aïta ont vite répondu à l’appel pour prendre la route derechef Safi, venus des quatre coins du Royaume et, les ressortissants marocains n’ont pas manqué de faire de cette fiesta une occasion de vivre leur marocanité pas loin de Sidi Abdelkrim, le Saint de Safi. Cela doit figurer dans l’agenda de nos vacanciers. Jeudi, vendredi, samedi et dimanche.

Comme l’Aïta, ce genre artistique marocain, typiquement marocain, n’est pas spécifique à Safi, quoi que Abda est le mieux médiatisé en la matière, mais il est l’apanage toutes les régions du Maroc, sans exception aucune : chaque région a ses Aïautes (pluriel de l’Aïta). C’est pour cette raison que ce festival est animé par des artistes venus de toutes les régions du royaume. Citons par ordre, pas de mérite, loin s’en faut, mais par ordre de représentation, de présentation, ces aretistes : d’abord, la soirée du jeudi a été dédiée à Omar Al Kaoui, et ce sont les groupes locaux qui ont joué et chanté en hommage à ce mâallem, natif de Safi (1938), lequel a embrassé cet art à l’âge de 16 ans sous la houlette de feu cheïkh Jilali, l’époux d’Al Hajja Al Hammounya. Ainsi les groupes Ouled Ben Äaguida (une pensée à la regrettée Fatna Bent Elhoucine), Khadija Margoum, Mohamed Mahfoudi et Hajib, le disciple de Fatna, ont foudroyé les lieux à ressusciter les dieux mélomanes.

La place Moulay Youssef a juré, comme dans un conte merveilleux, que la fête ne fait que commencer : le lendemain, à vingt-et –une heures, les étendards se lèvent avec les orchestres de Khout Laâlam, de Hadda Ou Äakki (l’Atlas vient avec ses majestueuses vocalises faire danser l’Atlantique avec toute son immensité), de Garfthi et d’Ouled al bouâazzaoui avec toute l’élégance qui leur revient.

Samedi soir, la chauffe qui peut ! A dix heures du matin, d’abord. MM. Hassan Bahraoui, Salem Kouindi et Mohamed Kharraz animent une conférence dont le thème est : « La patrimoine oral et les méthodes de la recherche scientifique » où l’art de l’AÏta est au centre du débat dont l’intérêt et les fruits ont été pour beaucoup dans l’installation rapide d’un rituel pareil à celui des grands spectacles, notamment le théâtre. On écoute en spectateurs avertis. Religieusement ! Le soir, l’outar ! Et c’est les Jamal Zarhouni, Hmada Bouchane, Bouchaïb Jdidi et Abdallah Lbidaoui et, Mohamed Rouicha, qui ont perçu l’impact intellectuel sur une bonne partie des spectateurs.

Dimanche, l’exorciste des Doukkala vient, après Fettah Al Khiyala le préparateur psy, faire gémir les cordes dociles de son violon pour électriser l’ambiance et dire enfin et non finalement à tous les invités du festival que, l’année prochaine, la place de Moulay Youssef sera au rendez-vous. A très bientôt.

Abdelkrim MOUHOUB