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Graffiti ou l’expression libre qui tente les jeunes d’El Jadida

dimanche 1er mai 2011

« Le graffiti est un mot italien définie comme suit : griffonnage, grattage ou gribouillis, à caractère souvent satirique ou caricatural, porté sur les murs des édifices antiques et, par extension, celui figurant sur n’importe quel mur. Pour les archéologues et les paléographes, le terme "graffiti", sert à distinguer les inscriptions populaires cursives des inscriptions officielles, formelles, trouvées sur les monuments antiques. »

En passant chaque matin devant ce qui devait être le complexe culturel d’El Jadida, je ne peux m’empêcher de relire, avec un petit sourie, une inscription sur la porte principale de cet édifice inachevé, écrite en noir, dans la langue de Shakespeare : « THE AND OF LOVE ». L’auteur de cette phrase voulait certainement crier haut et fort sa souffrance comme l’avait fait avant lui Cornbread « Darryl A.McCray », le parrain du graffiti moderne, qui cria son amour à sa bien-aimée, après leur séparation, sous forme de graffiti.

Le graffiti est par sa nature une forme d’expression clandestine, interdite, exécutée par des jeunes, issus la plupart du temps de milieux défavorisés, qui prennent le risque de poser leurs messages sur des supports interdits : tables de classes, toilettes, murs, portes, bus etc. Si les graffitis que l’on rencontre autours des établissements scolaires restent primitifs, transcrits en noire et n’atteignent pas le niveau artistique de l’art urbain moderne, les fresques que l’on rencontre dans certains quartiers d’El Jadida sont d’une beauté exceptionnelle. La reproduction du tifo de l’équipe locale DHJ reste le sujet le plus convoité par les graffiteurs jdidi, présent partout, il orne les façades des maisons abandonnées et est adopté par les habitants du quartier, qui en plus du message d’amour et d’appartenance à une équipe de football ils y voient un grand tableau artistique à ciel ouvert, qui valorise la demeure laissée à l’abandon et la rue qui l’accueille.

Si certains prennent les auteurs des graffitis pour une bande d’irresponsables sans goût ni repères qui commettent des actes de vandalisme qui doivent être stoppés, d’autres considèrent le graffiti comme un art à part entière, un art urbain ou art de la rue « street art » comme le RAP et le BREAK DANCE. Les avis sont divisés sur ces deux derniers styles, mais ça ne les a pas empêché de se départager la scène artistique marocaine avec les autres styles musicaux et d’être présents dans presque tous les festivals et soirées télédiffusées par les chaines nationales. Le graffiti comme le rap est aussi convoité par les agences de publicité qui les utilisent dans des campagnes destinées aux jeunes, ce qui prouve la notoriété qu’il a acquit chez une majorité de consommateurs marocains, à savoir les jeunes.

Jamaleddine DALIL ESSAKALI

P.-S.

Ahmed Cherrak, enseignant de Fès est le seul marocain ayant étudié le graffiti de façon académique, sa thèse de doctorat de 600 pages intitulée « Graffiti, approche sociologique de « l’écriture sur les murs » dans les lycées au Maroc et dans le monde arabe. » A une des questions posée par un journaliste « A qui s’adressent les insultes des élèves principalement ? » il a répondu : « Surtout au corps enseignant et à l’administration. Ca leur arrive aussi d’insulter une équipe de football, le parlement ou les ministres…et en particulier le ministre de l’éducation nationale, bien évidemment. »

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