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LES DEUX THÉÂTRES D’EL JADIDA- L’HISTOIRE DE DEUX MONUMENTS ARTISTIQUES ET CULTURELS.

vendredi 9 mars 2012

Le Théâtre- Cinéma de Paris.

Ce monument, aujourd’hui démoli, se trouvait dans la place Elhansali (Ex place Brudo) à côté de l’immeuble Cohen, construit en 5674 Hébraïque (1915).
Edifié au début de l’année 1920, à la place d’un Casino et de la Brasserie « Le Nègre », le Cinéma de Paris (Paris- Cinéma) d’El Jadida, va porter au début de l’année 1923, juste après l’inauguration du théâtre municipal de Casablanca, l’insigne de Théâtre-Cinéma . Les troupes théâtrales et les concerts qui évoluaient à Casablanca passaient dans cet établissement artistique d’El Jadida, qui connaissait également des conférences avec des projections de films ; on peut citer à ce propos la conférence donnée au mois de mai 1925, par l’auteur M Félix Ronserail, sur les légendes, coutumes, contes et galéjades des provinces méridionales de France, une conférence illustrée par des films et de pittoresques projections lumineuses(Revue France-Maroc du mois de mai 1925 (neuvième année N°102).
D’après les revues intitulés « Annuaire de la société des auteurs et compositeurs dramatique » de 1920 à 1925, El Jadida (Mazagan) a connu 45 représentations théâtrales : 5 en 1920-21 ; 16 en 1921-22 ; 3 en 1922-23 ; 7 en 1923-24 ; 14 en 1924-25.

Carte postale Edition Félix de Marrakech 1921.

Carte postale Edition Vve Sellier Mazagan – Photo. Félix Marrakech
Carte voyagée en 1923. Un hall en vitrage est construit sur la terrasse devant le cinéma, et en arrière plan la banque d’Etat et la nouvelle poste en construction.

Carte postale Edition Jules Vivarès, éditée vers 1925. Le Paris Cinéma est devenu Cinéma Théâtre de Paris.

Ce monument va connaitre le même sort qu’ont connu plusieurs salles de cinéma, aussi bien à El Jadida que dans d’autres villes du royaume. Le Paris-Ciné a disparu comme monument en 2011.

LE THEATRE MUNICIPAL (Ex. SALLE MUNICIPALE DES FÊTES)

Le plan de ce monument architectural, et artistique a été exécuté en 1923 par M. A. Delaporte, architecte D.P.L.G., (après son exécution du projet du Théâtre municipal de Casablanca inauguré au début de 1923). Le projet d’El Jadida consistait à construire une salle de fêtes sur une superficie de 900 mètres carrés, qui pourra contenir 1500 personnes, et que l’on peut transformer facilement en théâtre dont le nombre de places assises atteindra 500.

Les travaux de construction, qui vont commencer le 1er Juin 1923, sont confiés à l’Etablissement Général des Travaux SCWARTZ HAUTMONT, qui vient d’installer son siège à Casablanca en 1921.
Six mois environ étaient nécessaires pour que les travaux de construction et de décoration soient exécutés sous le contrôle de M. A. Delaporte. (Réf. Revue France-Maroc Oct.1923 (septième année, N°83) p.198).

Description :

Les murs de clôture, sans piliers en béton armé, construits en pierres de taille (grès calcaire) à la base et aux coins, et d’une double paroi d’agglomérés de ciment et graviers, qui supportent des toits en charpentes métalliques.

Photo de la salle municipale des fêtes, illustrée dans la Revue France-Maroc du 31 Déc. 1923- page 236 « Vie au Maroc » article inauguration à Mazagan.

La salle municipale des fêtes en 1926 (CPA. Edition Boyer Mazagan)

L’architecture externe n’a pas connu de modification. La façade principale possède 3 portes à volets pour l’accès du public, au dessus desquelles il ya 3 fenêtres balcons de la grande salle (Foyer ou salle de musique). Seul l’insigne du monument a changé ; au début, il indiquait « Salle municipale des fêtes » puis vers 1940, « Salle municipale L. Ribes » (Louis Ribes, Chef des services municipaux d’El Jadida pendant les années 1920), avant d’être remplacé par « Le théâtre municipal المسرح البلدي ».

L’intérieur de la salle municipale des fêtes- vers 1930

Sous l’ossature du toit se trouvait un faux plafond décoratif, avec au centre une grande coupole où un grand lustre en fer forgé fut attachée. Au début ce lustre était équipé de lampes à gaz d’éclairage (la ville d’El Jadida n’est reliée au réseau électrique public qu’on 1925). De grandes fenêtres, situées sur les deux façades latérales, laissaient diffuser la lumière du jour vers l’intérieur de la salle. Les spectateurs prenaient place, suivant leur classe sociale, soit dans les loges du balcon, où la centrale est une loge officielle, les loges du balcon communiquaient avec le grand foyer (Salle de musique), soit dans les loges latérales, dont l’accès se faisait par les portes des façades latérales, soit dans les sièges du parterre.
La salle Municipale des fêtes dispose également des espaces pour recevoir les spectateurs avant la représentation et pendant les entractes des spectacles.
Le branchement de la Salle des fêtes en électricité, permettra d’apporter plusieurs modifications internes ; deux cloisons fusent construites à la place des loges latérales, la lumière du jour n’arrive plus à l’intérieur de la salle en plus des bruits provenant de l’extérieur. Le plafond avec sa grande coupole et son grand lustre fusent remplacés par un plafond concave où des lampes électriques encastrées sont disposées de manière à donner l’éclairage désiré.

La scène de la salle municipale des fêtes

La scène à une ouverture de chœur de 8m environ, profond de 6m et haut de 7m. Devant la scène on observe une fosse d’orchestre. Dans les coulisses de la scène, se trouvent, du côté cour, les bureaux de l’administration, dont l’accès de l’extérieur se fait par une petite porte en face de la délégation des TP, et du côté jardin, en plus de la régie (chargée de la sonorisation de l’éclairage, et des manœuvres des rideaux) il ya des loges en deux niveaux, réservées aux acteurs.
Derrière les rideaux de fond, une passerelle communique avec la grande salle des décors.
Cette Salle « dépôt des décors » à une grande porte située sur la façade latérale droite (Rue Lahlali) qui permet aux troupes théâtrales en tournée, l’accès facile et direct des décors qu’elles utilisent dans leurs spectacles.

Inauguration :

La cérémonie d’inauguration de la salle municipale des fêtes d’El Jadida, effectuée le 29 décembre 1923 a été présidée par le Secrétaire général du Protectorat ; M. Monzon, en présence de l’architecte M. A. Delaporte, du chef des services municipaux de la ville Mr Louis Ribes, du Pacha de la ville (Mr Ben Douiou El Kasmi) et d’autres personnalités. Dans la grande salle du foyer de ce monument a eu lieu des allocutions, qui touchaient en général le développement économique et touristique de la ville. (d’après la revue mensuelle illustrée France-Maroc Déc. 1923. Septième année N°85).

Premières représentations et cérémonies :

- Au mois de Janvier 1924, la Croix Rouge avait organisé son premier bal (soirée dansante) à la salle municipale des fêtes. (Revue France-Maroc Jan. 1924 (huitième année n°86) p. 13).
- Au mois de Juillet 1925, la municipalité de Mazagan avait organisé dans la salle des fêtes une cérémonie de distribution de prix aux élèves à l’occasion de la fin de l’année scolaire 1924-1925. (Revue France-Maroc Juillet 1925 (neuvième année N°104- p.140).

Les premiers acteurs marocains évoluant sur la scène de la Salle municipale des fêtes.

C’était en 1947, des jeunes Jdidis, acteurs amateurs du théâtre, vont jouer pour la première fois sur la scène de la salle des fêtes une pièce théâtrale intitulée « l’assassinat d’Elamine » fils d’Haroun Errachid « مصرع الأمين ». Mr Driss Lemsefer, qui était le scénariste de cette pièce théâtrale et acteur nous rapporte les noms de ces pionniers du théâtre jdidi : Ahmed Serghini, Mohamed ben Hamou Elgoumi, Abdelwahab Aamor, El Ghali El Iraqui et Abderrahman Ben Touila.

Les années 1960-1970- période florissante des troupes du théâtre amateur.

Arouss Echaouatii, Ennahda, c’étaient deux troupes parmi d’autres troupes théâtrales affilées au ministère de la jeunesse et des sports, qui animaient le plus souvent des spectacles avec des représentations des pièces théâtrales qui n’ont rien avoir avec l’amateurisme. Les acteurs de ces troupes étaient des vrais pros. Un grand hommage à Abdelmjid Nejdi, à Bouasria, et au feu Abdelfattah Lahlali, et à tous les autres acteurs.

De 1969 à 1975 : La direction du théâtre municipale était confiée à un homme du métier ; Feu Mohamed Saïd Afifi.

Feu Mohamed Saïd Afifi, grand artiste et dramaturge, avait comme objectifs d’équiper le théâtre d’un système moderne d’éclairage et de son, et de former une troupe professionnelle du théâtre municipale d’El Jadida. On se rappelle de la pièce théâtrale « Essaouanih » (السوانح), passée à la télévision et qui a fait une tournée dans quelques villes du Royaume. Le scénario de cette pièce est écrit à partir du Diwane de grand poète Feu Driss El Jayi. Parmi les acteurs de cette pièce il y avait Si Mohamed Ben Brahim, Si Mohamed Derhem, Si Berradi et feu Afifi…

Un théâtre ou une salle de fêtes ?- Il s’agit en réalité d’un monument polyvalent.

- l’histoire de ce monument est liée à l’histoire de sa grande sirène à turbine, dont l’attention de la population de la ville restait attirée pendant le mois sacré de Ramadan de chaque année.
- Le grand foyer (ex. salle de musique) était exploité très souvent comme salle d’exposition des produits de l’artisanat local et national ainsi que l’exposition des tableaux de l’art plastique , (sans que le projet de la création d’un conservatoire de musique ne soit réalisé).
- En passant sous silences les meetings organisés dans ce monument, par des leaders des partis politiques, il est nécessaire de signaler ici les grandes conférences, organisées dans le cadre des festivals qualifiés de culturels et annuels, surtout pendant les années 1980. De grands professeurs conférenciers sont passés par là : Feu Dr Abdelkbir Khatibi, Feu Abderrahman Addoukkali (Fils d’Abou Chouaïb Addoukkali), Dr Benchrifa, Feu Al Meki Ennassiri, Feu Mohamed El Fassi, Dr Abdelhadi Ettazi,…

J.DERIF.