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Rencontre avec Hassan AOURID autour de son livre "LE MIROIR BRISÉ DE L’OCCIDENT"

samedi 7 mai 2011

Dans le cadre de ses activités, l’association provinciale des affaires culturelle, en collaboration avec la faculté des lettres et sciences humaines d’El Jadida, a organisé le vendredi 15 Avril, une rencontre avec l’écrivain Hassan Aourid, autour de son livre Le miroir brisé de l’occident. Cette rencontre culturelle a été animée par les professeurs universitaires Ahmed El Mekkaoui et Abdelmajid Noussi.
Ci-après, nous reproduisons la traduction de l’intervention du professeur Ahmed El Mekkaoui.

L’ouvrage d’Hassan Aourid, Le miroir brisé de l’Occident, est composé d’une introduction et de huit chapitres abordant une variété de questions, dont principalement l’économie de marché, la mondialisation, le sexe,la démocratie, la technocratie, la presse et les moyens de communication.

Le traitement de ces questions s’insère dans le cadre de la critique que l’auteur adresse au modernisme occidental et à l’occident, accusé d’avoir « trahi » la philosophie des lumières tout en prenant comme point de départ à son étude la chute du mur de Berlin (09-11-1989) mais non sans revenir très souvent à des périodes antérieures pour fonder sa vision critique.

L’ouvrage contient un ensemble de concepts comme L’occident , La mondialisation, le néo-impérialisme, la révolution sexuelle, les lumières, la crise, le rationalisme… L’auteur y étend sa critique de l’occident et du modernisme occidental au tiers monde et, tantôt explicitement, tantôt implicitement, au Maroc dont il évoque les dysfonctionnements, notamment dans les domaines de l’enseignement et la lutte contre la pauvreté, en insistant sur le rôle très passifs de la presse courtisane et des technocrates.

Aourid a employé le concept d’ « occident », l’un des plus usités et des plus ambigus à la fois, avec plusieurs acceptions : L’occident/civilisation, l’occident/mode de vie et modus opérande,l’occident/ histoire du christianisme ; ce qui perturbe le récepteur et le fait balancer entre des usages d’inégales significations. Si l’on prend par exemple la dernière acception (occident/ histoire du christianisme), le titre du livre peut être transformé en « miroir brisé du christianisme ».

L’occident, selon Guy Sofman, n’a pas de carte géographique. Il s’étend aux divers continents (dont les pays asiatiques, l’australie et la nouvelle zélande), compte tenu que l’occident est un mode de pensée (un style de pensée) et qu’il se distingue par trois catégories essentielles : L’envie de créer et d’innover, la capacité de s’autocritiquer et le souci de l’égalité des sexes.

L’ambiguïté touche également l’emploi du concept de mondialisation qui se confond ou s’entrecoupe avec d’autres concepts tels le néo-impérialisme, sachant que la mondialisation n’est pas le produit de la période postérieure à l’écroulement du mur de Berlin, mais le résultat d’une accumulation historique qui remonte à des siècles révolus et qui vient d’être mise en évidence sur le mode actuel par les évolutions extraordinaires dans les moyens de communication.

Aourid s’esr permis le droit d’étudier l’occident de manière critique, ce qui est un acte légitime et demandé. De ce fait, son livre s’insère, à mon avis, dans les tentatives occidentalistes par opposition aux études orientalistes.

Le penseur Egyptien Hassan Hanafi avait entamé ce genre d’études occidentalistes il y a déjà plusieurs années. Selon lui l’occidentalisme en réponse à l’orientalisme n’a pas pour objectif une « revanche » des orientalistes ou de l’orientalisme, mais une assimilation méthodique et cognitive profonde de l’occident. Cependant, la plupart des études occidentalistes surtout les études récentes, ne diffèrent pas de leurs pareilles orientalistes dans la calomnie, le dédain et le mépris. Et le Miroir brisé de l’occident n’en est pas une exception.

Aourid a établi une distinction entre l’orientalisme juste (sérieux) et l’orientalisme nouveau, superficiel et hostile. Mais selon l’auteur les deux ne manquent pas de subjectivisme ni de charge idéologique qui rongent l’orientalisme. Il est à se demander alors si Aourid est resté à l’écart de la subjectivité et de la charge idéologique ?

Si l’on compare son livre Miroir brisé de l’occident à celui de l’orientaliste Bernard Lewis La crise de l’Islam, on constatera qu’ils ont présenté deux images très sombre de l’occident et de l’Islam. Dans l’ouvrage d’Aourid apparaissent les expressions de « L’occident en crise », « L’occident trahissant les valeurs », « L’occident assoiffé d’argent et de sexe », « L’occident malade », « L’occident angoissé »…Quant à B.Lewis, il a parlé de l’Islam comme synonyme de fanatisme, de terrorisme, de sous-développement et d’oppression de la femme…

Il s’agit là d’une absence de vision équilibrée sur l’autre avec la domination du dédain et du scepticisme chez les deux parties. Aourid a traité l’orientalisme nouveau de superficiel. Cela est un jugement de valeur généralisé, impliquant un abus flagrant. Si l’on prend à titre d’exemple une autre étude de Bernard Lewis, celle intitulée Comment l’Islam a découvert l’Europe, on remarquera qu’elle a reflété, d’un point de vue sérieux, d’interaction du monde musulman avec l’Europe d’une position d’inégalité des forces pendant quatre siècles.

Il est à remarquer qu’Aourid, en « jugeant » l’occident et son modernisme a pris appui de façon quasi totale sur des opinions et des idées d’occidentaux sur l’occident. Sur ce, quelle valeur ajoutée apporte son étude ? Si sa vision critique de l’occident est une répétition de ce que les occidentaux ont rapporté sur eux-mêmes quel intérêt a un regard externe (de l’extérieur de l’occident) si elle ne dépasse pas, même à un degré donné, le regard porté de l’intérieur ou le regard subjectif ?

L’étude d’Aourid contient de nombreuses comparaisons, dont celle du capitalisme financier (néocapitalisme) et le capitalisme industriel. Or la distinction entre eux ou l’allusion à une rupture contrastent avec l’histoire. Ensuite, cette comparaison a amené l’auteur à une rivalisation du mérite, et ce, en mettant en évidence les défauts du capitalisme financier, représentés principalement par la mondialisation sauvage et par la menace de démocratie, et en vantant en revanche le capitalisme industriel et son lien avec la démocratie, oubliant ainsi de montrer les inconvénients nombreux de ce capitalisme, dont les plus manifestes sont l’expression impérialiste, les guerres destructrices et l’exploitation de la classe ouvrière.

L’occident, du point de vue d’Aourid, n’a d’attraits que la démocratie. Mais cette perle unique de l’occident, selon les propos de l’auteur, est rongée par l’argent, les partis et l’absurdité de l’information. Par là l’auteur réduit la démocratie à un simple exercice d’évacuation (un exutoire). Et contrairement à cette mise en évidence des défauts de la démocratie occidentale et ses extensions en dehors de l’occident, il a eu tendance à rehausser l’aristocratie.

Car dans le contexte de nombreuses comparaisons entre la démocratie et l’aristocratie, il a vanté celle-ci des points de vue noblesse, valeurs et culture. Il s’agit là d’une nostalgie chez l’auteur, de la gouvernance aristocratique telle qu’elle est apparue et a évolué en Europe pendant des ères révolues.

Aourid a abordé la question du sexe en occident, ce qui est un acte très important vu les susceptibilités liée à ce sujet et le fait qu’il est considéré comme un tabou dans notre culture. Il a analysé ce qu’il a appelé « La révolution sexuelle en occident », évoquant le rapport avec la question du sexe dans les autres civilisations où la pratique sexuelle illégitime et la perversion sont convertis par le sacré et la décence, contrairement à « l’audace » de l’occident dans la mise au jour d’une telle pratique en utilisant toutes sortes de moyens de communication. Cela signifie que « l’hypocrisie sexuelle », enveloppée de discrétion, est une situation implicitement acceptable ou tolérable tant que la perversion, la prostitution et l’érotisme sont temporellement et spatialement de passage et qu’elles ne peuvent être mises à nu que par leur diffusion à travers la vidéo, la station satellitaire et l’internet…

Il est possible de dire que ce thème (ou chapitre) est en harmonie avec un nombre de littératures actuelles appelant à un retour de l’éthique, c’est-à-dire de l’ensemble des valeurs auxquelles tiennent les gens pour instaurer une sorte de rationalité dans leur comportement, y compris la constitution de la famille, sa protection et sa conservation.

Enfin, on ne peut que partager l’opinion de l’auteur en ce qui conserne la crise actuelle de l’occident. Néanmoins, cette crise n’a rien d’exceptionnel, étant donné que l’Histoire de l’occident est dans son ensemble une histoire de crises (Guerres de religion, guerres de colonisation, révolutions nationales, guerres mondiales, crises économiques) mais également une histoire de réussites dans le dépassement de ces crises en s’appuyant sur la critique et l’autocritique. Sommes nous prédisposés à une telle pratique d’autocritique à l’occidentale pour triompher de nos crises complexes et successives ?

Nous ne devons pas nous cantonner dans le plaisir de critiquer l’occident et son modernisme et négliger de dégager nos défauts en tenant à enorgueillir de nos êtres épaissis en réalité par des

Ahmed El Mekkaoui - Professeur Universitaire
( Traduction : Derif Abdelhak)

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